À tout juste 28 ans, Jerome Di Marino signe sous la direction de Francis Kurkdjian (son mentor) L’Eau Intense de Carven. Une fragrance qui intrigue rien que par son nom.

J’ai le plaisir de rencontrer ce jeune parfumeur dans un joli salon privé de l’hôtel de Nell, niché dans le IXème. L’occasion d’en savoir un peu plus sur son histoire, son parcours et ce dernier né des parfums Carven qui parle couramment l’oxymore olfactif.

J’ai posé mes valises à Paris.

Lorsque je lui demande où il a grandi, Jérôme me raconte qu’il a vécu un peu partout en France « C’est un peu compliqué… 10 ans en Haute Savoie, 10 ans à Nice et presque 10 ans à Paris ! ».

Cela me fait penser que ça va bientôt faire 6 ans que j’ai posé mes valises à Paris.

Comme moi, Jérôme Di Marino aime passionnément la capitale. Parce qu’elle inspire rien que par sa beauté et que c’est la ville de tous les possibles.

Si bien qu’il ne s’imagine pas retourner dans une autre région de France « juste pour la richesse culturelle qu’offre Paris ». Et c’est vrai, il y a milles et une raisons d’aimer et d’être aimé par Paris. Pour certains c’est amour des grands magasins et du shopping.

Pour Jérôme, ce sont les nombreuses expositions qui se renouvellent sans cesse qui l’anime, les belles adresses pour sortir, pour profiter, pour faire la fête, pour manger «juste la vie quoi».

En voilà une belle et épicurienne façon de célébrer la vie, j’adhère 🙂

Le point de départ.

Nous nous trouvons dans une pièce qui se fait discrète, à la croisée d’une jolie bibliothèque contemporaine et d’une salle de jeux pour intello… Des flacons du nouveau parfum et ses produits accompagnants ont été soigneusement disposés autour de nous, laissant flotter une ambiance de délicatesse.

J’ai toujours trouvé qu’il y avait quelque chose de poétique dans la composition d’un parfum. Et qu’au-delà de l’aspect chimique qui me fascine (tout ce qui m’échappe me fascine. En l’occurrence les sciences et les maths… au lycée, ce n’était pas le big love entre nous), il s’en dégage une aura sublime qui se rapproche de la poésie. Elle peut être douce sans être légère, prononcé sans être agressif, une véritable métaphore olfactive au combinaison infinie. 

Puis, quand elle s’écrit à quatre mains, elle devient quintessence.

D’ailleurs, ce n’est pas la première fois que Carven fait appel au pouvoir du travail d’équipe puisque qu’avec Francis, Jérôme a déjà co-signé Carven Absolu, le dernier parfum féminin de la Maison.

Une phrase de Colette me vient à l’esprit « La recherche du parfum ne suit pas d’autres voies que celles de l’obsession… ». Le jeune homme m’explique que le point de départ a été la formule du Carven pour Homme, un parfum que je connais, reconnaissable à sa face noire laquée. Je le porte souvent lorsque je me rends à des soirées. C’est un concentré d’élégance et de simplicité pour un sillage singulier.

Si L’eau Intense tire son inspiration de là, je sais d’ores et déjà que je vais l’ador..pter.

Une histoire, une inspiration

L’Eau Intense est donc une continuité de Carven pour Homme. « L’idée était de trouver un moyen d’apporter un nouveau contraste pour créer une nouvelle histoire et l’amener dans un univers olfactif différent, tout en conservant un fil conducteur avec l’histoire d’origine ».

Et comme pour pousser à l’extrême ce contraste, L’eau Intense s’habille de pureté graphique – de face, un blanc optique l’habille, telle une chemise imaginaire aux côtés transparents – tout en gardant la même forme épaulée, épurée et masculine que les autres flacons pour homme de la Maison.

Tout est une question d’équilibre

Dans la mode homme chez Carven, on trouve cette idée d’ambivalence entre dynamisme et décontraction. Côté parfum, elle se traduit par une dualité entre fraîcheur et intensité « L’exercice a été d’avoir un équilibre, un meilleur moyen d’exprimer un seul et même message de façon harmonieuse. ». Le résultat est-il au rendez-vous ? Sans aucun doute.

Pssschit (on me fait sentir L’Eau Intense). Je découvre ce nouveau jus. Jérôme, me fixe. Que dire ? Il sent bon, très bon… On rigole.

J’apprends que, comme en création, le processus de développement d’un parfum peut mettre des mois, jusqu’à des années avant de voir le jour, selon le degré de fantaisie et le challenge à relever.

Jérôme me raconte qu’avec Avec Francis Kurkdjian, leur pari a été de créer une fragrance tout en fraîcheur, à la fois intense et au sillage puissant et intriguant. Un travail qui a nécessité à peu près 8 mois. « La difficulté a vraiment été de trouver le bon équilibre, dans le sens où il est assez facile que l’un prenne le pas sur l’autre… Trouver le dosage le plus adéquat pour que le départ s’exprime forcément sans que le fond n’intervienne et inversement ».

L’oxymore olfactif

En rhétorique, l’oxymore est une figure de style qui rassemble en apparence deux mots contradictoires. Olfactivement, elle s’exprime par une note de pamplemousse “avec ses facettes amères  zestées”, de citron d’Italie, de menthe et des aldéhydes (quel joli mot) pour donner un effet très froid, presque glacial “ça, c’est pour la fraîcheur”.

Pour l’intensité, ils ont travaillé sur une note boisée – très racée – associée à des épices froides de cardamome, de gingembre “qui confèrent toute la signature. »

Je comprends que ce sont ces 2 facettes qui agissent en résonance et qui créent cet oxymore olfactif. Échec et mat (serai-je en train de renouer avec les sciences ? À quand les maths ?).

Un parfum solaire, d’usage quotidien

La personnalité de Jérôme Di Marino est à l’image de ce jus : frais, intense et subtile.

Je lui demande son avis sur ce parfum, le moment idéal pour le porter. Pour le jeune parfumeur, L’Eau Intense est un parfum du jour, d’usage quotidien, signé mais relativement accessible. “ Ce qui fait tout son charme. »

Contributeur photos : Jérémy Guetté